Il y a de cela à peine quelques semaines, un poooôôôooote du boulot âgé d'une vingtaine d'années et qui vénère System of a Down, m'affirme que ce groupe a révolutionné le Rock en général et le Métal en particulier.
Qu'il n'avait nul autre pareil dans le paysage audio-chevelu actuel, et que les prouesses vocales du front-man étaient sans concurrence aucune...
Ouaip !!!
T'as quel âge déjà ???
Patton, ça te dit quelque chose, non, pas le film non...putain, j'ai toute ta culture musicale à faire à c'que j'voie...
Alors, commençons...1989Difficile de décrire le choc que représente pour moi l'avènement de
Faith No More sur la scène Rock. Deux ans avant l'ouragan Grunge, le groupe de San Francisco a révolutionné, à lui seul, un pan entier de la musique qui nous réunit tous.
Pourtant, l'affaire ne semblait sûrement pas gagnée d'avance.
Nul n'avait pris réellement au sérieux, à l'exception de ses membres, ce petit groupe alternatif Californien. Alors que d'autres, à l'instar des
Red Hot Chili Peppers, gagnaient peu à peu en notoriété à force de concerts,
Faith No More stagnait dans les fin fonds de l'underground ; ses premiers disques ne connaissant virtuellement aucun succès. Le chanteur Chuck Mosley sut, quant à lui, stabiliser temporairement une formation terriblement fragile, qui avait même vu passer Courtney Love (et oui, LA
Courtney Love) durant quelques mois. Mais alors que le groupe prépare son troisième album, le comportement de Mosley devient insupportable, et le chanteur est remercié sans ménagement par ses camarades.
WE CARE A LOT...poum poum poum...poum poum...poum poum poum...L'épineuse question du remplacement est réglée d'une manière peu commune, entrée depuis dans la légende : Faith No More découvre une démo d'un petit groupe expérimental de Californie du nord,
Mr. Bungle, et est immédiatement subjugué par la voix du chanteur. Une voix polyvalente, à l'ampleur indépassable, tour à tour furieuse et moqueuse. Faith No More demande alors à Mike Patton de les rejoindre. L'homme accepte de suite, écrit l'ensemble des paroles de l'album en un temps record et les enregistre dans la foulée.
La légende est en marche...
L'arrivée de "
The Real Thing" sur la scène alternative américaine ne peut être comparée qu'à la parution de "
Blood Sugar Sex Magic" des
RHCP ou de "
Surfer Rosa" des
Pixies ; du jour au lendemain, le paysage musical semblait changé.
Révolutionné.
Ce skeud débute comme un coup de tonnerre, sonne comme un manifeste, original et avangardiste tout en se révélant accrocheur à l'extrême. Nul ne peut dire d'où proviennent précisément ces chansons, qui semblent fusionner des styles opposés sans perdre en pouvoir de séduction. Les guitares ancrent chaque titre dans le Heavy Metal, la basse gronde de manière funky, le tout sous des mélodies au clavier que ne renieraient pas les ténors de la new wave.
Alors que le premier titre de l'album plaçait l'auditeur dans un terrain inconnu, "
Epic" le propulse dans une autre galaxie, aussi brillante en termes d'originalité que d'inspiration. Single suprême, chef-d'œuvre inégalé, rares sont les mots pouvant qualifier ce titre, fusionnant couplets rappés et refrains ironiquement lyriques. Dès lors, plus rien ne peut retarder l'envol de l'album vers des sommets de beauté bizarre. Kaléidoscope de sentiments contradictoires, le skeud ne respecte que sa propre fantaisie, avec une réussite si incroyable qu'elle en devient surréaliste. Le groupe semble avoir assimilé à sa manière trente ans de musique populaire, en donnant ainsi sa propre relecture.
Extrêmement dynamique, "
The Real Thing" sait aussi se montrer nuancé lorsque le moment s'y prête. Ainsi, "
Zombie Eaters" subvertit la notion même de ballade, tandis que "
Surprise ! You're Dead !" métamorphose le Thrash Metal jusqu'à le rendre méconnaissable. Tantôt linéaire, tantôt progressive, l'œuvre présente un nombre incalculable de facettes, chacune brillant de mille feux. Tout semble à la portée du groupe, comme le prouve la reprise de"
War Pigs", restituée avec une élégance sans pareille, sans grandes modifications par rapport à l'original.
Et, au milieu du tourbillon étouffant des instruments, se tient
Mike Patton.
Seul.
Si belle soit-elle, la musique semble parfois avoir des difficultés à rivaliser avec le charisme de Patton. Toujours sur la brèche, jamais en défaut, l'homme piaille, hurle, gargouille, déblatère, susurre de terrifiantes insanités avec un aplomb hors du commun, proche du génie. Lorsque de tels talents se conjuguent à une inspiration stupéfiante, le résultat ne peut être qu'un chef-d'œuvre. Et c'est exactement ce qu'est "
The Real Thing". Entre beauté surhumaine et laideur langoureuse, cet album marque le premier chef-d'œuvre d'une carrière tumultueuse.
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